Les Planches Courbes Yves Bonnefoy

Il faut oublier les mots.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Et la surface de l'eau n'est que lumière, Mais au-dessous ? Troncs d'arbres sans couleur, rameaux Enchevêtrés comme le rêve, pierres Dont le courant rapide a clos les yeux Et qui sourient dans l'étreinte du sable.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

On se prend à rêver Que les mots ne sont pas A l'aval de ce fleuve, fleuve de paix, Trop pour le monde.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Telle la nuit d'été, qui n'a pas de rives, De branche en branche passe le feu léger.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Parfois prend le miroir Entre ciel et chambre Dans ses mains le minime Soleil terrestre.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

La clarté disparut au ras de ces collines enchevêtrées entre le ciel et le monde. Et ce fut à nouveau la grande nuit d'avant, sans étoiles.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Dieu cherche, lui sans yeux, A voir enfin la lumière.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Et qu'un peu de soleil Passe, leur chevelure Brille, ainsi ferait l'or Dans le vase sombre.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Un père ? Eh bien, celui qui te prend sur ses genoux quand tu pleures, et qui s'assied près de toi le soir lorsque tu as peur de t'endormir, pour te raconter une histoire.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Terre, qui vint à nous Les yeux fermés Comme pour demander Qu'une main la guide.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Nous sommes des navires lourds de nous-mêmes, Débordants de choses fermées, nous regardons A la proue de notre périple toute une eau noire S'ouvrir presque et se refuser, à jamais sans rive.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Pluie des matins d'été, inoubliable Clapotement comme d'un premier froid Sur la vitre du rêve (...).

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

L'été : un éblouissement comme est la neige, Celle qui vient légère et ne dure pas, Et rien de nous n'en trouble la lumière D'eau qui s'est condensée puis s'évapore.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Écoutez la musique qui élucide De sa flûte savante au faîte des choses Le son de la couleur dans ce qui est.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Trébuche, relève-toi, Cours, enfant nu que l'on accable de pierres.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Après quoi il fit jour ; et le soleil Jeta de toutes parts ses milliers de flèches.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Rêver : que la beauté Soit vérité, la même Évidence, un enfant Qui avance, étonné, sous une treille.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Dans la quiétude de l'écume, où se reflète, Soit beauté, à nouveau, soit vérité, les mêmes Étoiles qui s'accroissent dans le sommeil.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Ne cesse pas, voix dansante, parole De toujours murmurée, âme des mots Qui colore et dissipe les choses Les soirs d'été où il n'est plus de nuit.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Et quelle étrange chose que certains mots, C'est sans bouche ni voix, c'est sans visage, On les rencontre dans le noir, on leur prend la main, On les guide mais il fait nuit partout sur terre.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Odeurs, couleurs, saveurs, Le même songe, Colombes dans l'ailleurs Du roucoulement.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Telle cette lumière dans l'esprit Qui brille quand on quitte, de nuit, sa chambre, Une lampe cachée contre son coeur, Pour retrouver une autre ombre dansante.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Dieu est artiste, Il n'a de souci que de l'inaccessible.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Mais le sommeil se fait indifférence. Ses lumières, ses ombres : plus rien qu'une Vague qui se rabat sur le désir.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

Et ruisselle à jamais Sur le chemin L'eau d'une heure de pluie Dans la lumière.

Yves Bonnefoy Les Planches Courbes

né(e) le 1923-06-24

Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy, né à Tours le 24 juin 1923, est un poète, critique et traducteur français.

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